Tout ton drame est contenu dans cette incapacité à mettre en scène ton intériorité. Ta vie ne sert finalement à rien. Ton corps n’est que la représentation peu visible de la déambulation de l’ombre dans le vide cosmique. Tes idées ne sont étayées par aucune réflexion, d’ailleurs, tu n’exprimes jamais ce que tu penses vraiment, puisqu’il est évident que tu n’as aucune conviction. Mais qu’importe, finalement, que tu ne serves à rien, puisque l’avenir du monde ne dépend pas de toi.



Tu t’estimes coupable, mais est-il vraiment crucial de savoir de quoi ?


Je te souhaite donc de t’éloigner de la tentation des lendemains qui chantent. Que chaque jour qui passe te fasse l’effet d’un chaînon manquant et définitivement perdu. Que les jours durant lesquels tu as souffert soient perdus à jamais. Que la chaîne qui continue de te relier à ce passé lamentable ne soit que l’addition de tous ces chaînons manquants et définitivement perdus. Que ton avenir résonne dans le néant et que plus jamais les voix de la nuit ne te cajolent les oreilles. Que le souvenir de cette main, te plaquant sous des noyades de nouveau-né, devienne des ambiances de plage et de baignades enfantines, et loin de m’affoler, lorsque tu viendras déposer à mes pieds la dépouille de ton enfance, enfin ignorante mais consciencieuse dans le chagrin, lorsque j’aurais la certitude que la chaîne a vraiment disparu, je dirai à l’homme qui t’aura saccagée en profitant de ma complaisance : « Tu ne peux plus rien contre elle. Elle a survécu malgré tout... », et peut-être alors, que tu pourras donner la vie.


Fiche signalétique 

  • Type : Roman
  • Résumé : Une vie ne dure que le temps de l'abattre
  • Temps de lecture : 3 heures